Promouvoir la culture du vivre-ensemble

22-01-2018
Tarik Hafid

Porté par le Comité international pour le développement des peuples (CISP), le projet « Construire des passerelles, pas des murs : Voix du Sud, Voix du Nord pour un meilleur Vivre ensemble et l’avènement de la démocratie en Algérie » regroupe plusieurs associations algériennes aux côtés du Centre Culturel Omar Khayam, une ONG dont le siège est à Bruxelles. Soutenue par l’Union Européenne ce projet vise à contribuer au « respect des libertés individuelles en favorisant le Vivre ensemble dans le Sud et le Nord de l’Algérie ».

L’Algérie, pays continent, est composée de cultures plurielles. Pour les professionnels du monde associatif, il est important que la jeunesse puisse comprendre que cette diversité est un véritable atout. « Nous avons voulu créer un projet qui puisse former les jeunes générations à la connaissance de l’autre. Le pays est très grand, et nous avons constaté que plusieurs parties ne se connaissent pas. Cela peut causer des problèmes de dénigrement ou de non-appréciation », explique Eveline Chevalier, responsable du bureau d’Alger du Comitato internazionale per lo sviluppo dei populi- traduit par : Comité International pour le Développement des Peuples- une ONG italienne présente en Algérie depuis les années 80. Voix du Sud, Voix du Nord, a pour objectif d’inculquer aux jeunes « la connaissance de l’autre » et « la complémentarité » afin de créer les conditions d'un mieux-vivre ensemble. Des associations algériennes de plusieurs régions du pays participent à ce projet.

Au-delà du folklore

Une des premières actions a été dédiée aux femmes artistes Touaregs de la région de Djanet (2100 km au Sud d’Alger). « Nous avons travaillé avec elles sur leurs droits et sur la valorisation de leurs pratiques artistiques que ce soit en tant que chanteuses, musiciennes ou artisanes », précise Eveline Chevalier.

Les représentants des associations ont également organisé une session de formation sur les droits artistiques et ont édité un livre de photographies : « la sororité des femmes du Sud ». « A ce titre, nous avons initié des subventions en cascade, qui sont des micro-projets. Ils ont permis aux femmes de générer des revenus sur la valorisation des pratiques artistiques et artisanales. Il y a lieu de retenir que les représentants des associations ont fait une partie du trajet en autobus. « C’est un projet qui prend en compte de multiples aspects comme la philosophie, l’histoire ou encore thématique genre. La notion de distance est également très importante. Aussi nous voulions que les participants venus du Nord de l’Algérie comprennent les difficultés auxquelles sont confrontés les habitants de certaines villes du Sud lors de leurs déplacements», explique la responsable du CISP.

La mise en œuvre et la réussite de ce projet- qui doit arriver à terme en 2018- nécessite un encadrement expérimenté. Pour Mehdi Lagoune El Ghali, coordinateur d’activités et responsable des thématiques Droits humains au bureau d’Alger du CISP, l’apport de l’Union européenne dans la mise en œuvre de ce projet « est d’une importance capitale». « La contribution de l’UE n’est pas uniquement financière. Son engagement permet d’aider à la construction d’une cohésion sociale. Cette participation entre dans le cadre du soutien à l’éducation interculturelle, dans sa forme populaire et non-institutionnelle. C’est un concept qui mérite d’être développé en Algérie », dit-il.

Le langage de l’autre

La culture du vivre ensemble, Voix du Sud, Voix du Nord s’est également chargé de la transmettre dans d’autres régions du pays. Notamment à l’université de Sidi-Bel-Abbès, ville de l’Ouest algérien. Brikci Mohamed Bachir, membre du club estudiantin Le Banquet de Platon, revient sur cette expérience. « Nous avons constaté qu’il n’y avait pas de réels échanges avec les étudiants étrangers au sein de notre université. Les membres de notre club ont donc décidé de travailler sur un rapprochement avec des étudiants Ivoiriens qui étudient à Sidi-Bel-Abbès. Nous avons opté pour des sessions de formation d’animation linguistique. Le principe consiste à ce que chaque groupe apprenne le langage de l’autre », dit-il.

Mohamed Bachir estime que cette expérience « a été très enrichissante ». « Ces échanges avec des étudiants d’un autre pays d’Afrique ont permis une mise en pratique concrète des notions de vivre-ensemble et d’inter-culturalité. D’ailleurs, nous comptons relancer cette initiative dès le début de l’année universitaire en faisant en sorte de l’élargir à des étudiants d’autres nationalités », ajoute-t-il.

La lumière de Bougie

Le projet Voix du Sud, Voix du Nord se caractérise aussi par un volet philosophique et scientifique d’envergure internationale : Le voyage magique d’un certain Zéro. Initié et porté par Ahmad Aminian, philosophe et président du Centre culturel Omar Khayam de Bruxelles, ce projet est arrivé en octobre 2016 en Algérie. Il s’articule autour d’une série d’activités artistiques, historiques, scientifiques et de vivre-ensemble.

« C’est une aventure extraordinaire à laquelle j’ai l’occasion de participer. Je ne me doutais pas qu’un élément aussi simple que le zéro avait eu un tel impact sur l’histoire et l’humanité », explique d’une voix calme Lilia Beladjine. Membre de l’association Graine de Paix d’Oran (450 km à l’Ouest d’Alger), Lilia et ses amis participent activement à l’écriture de l’escale algérienne de ce « certain zéro ».

« Le zéro est né en Inde, il a traversé l’Asie et le Moyen-Orient. Nous savons qu’il est passé par l’Algérie et nous faisons donc en sorte de faire des recherches dans plusieurs villes du pays », note-t-elle. Les villes sont : Ouargla, Ghardaïa, Tlemcen, Tindouf, Djanet, Tamanrasset et Bejaïa.

Sur les plans scientifique et historique, une cité algérienne a joué un rôle majeur : Bejaïa, ville du littoral de Kabylie, autrefois appelée Bougie. « Les données scientifiques indiquent que le zéro a pris forme à Bejaïa. Entre le 9e et le 12e siècle, cette ville était très en avance en matière d’algèbre et de mathématique », ajoute pour sa part Mehdi Lagoune El Ghali qui s’est chargé du volet scientifique du Voyage d’un certain zéro.

Ce projet comporte aussi un important volet artistique. Le Centre culturel Omar Khayam a fait appel à des artistes peintres afin qu’ils imaginent l’apport de leur pays dans la construction de l’élément « Zéro ». Là aussi, l’empreinte algérienne est présente. Des peintres comme Houari Bouchenak, Fethi Hadj Kacem et Mouna Bennamani ont participé à une résidence artistique. Leurs œuvres, ainsi que les reproductions des toiles de l’exposition du Centre Omar Khayam, ont été exposées au mois de juillet à Racont-Arts, un festival itinérant qui se tient chaque été dans un village de Kabylie.

Voix du Sud, Voix du Nord, de par ses actions et son large champ d’intervention, est appelé à jouer un rôle majeur dans la promotion de la culture du vivre-ensemble.