Partenariat Tunisie-UE pour la jeunesse : Allons plus loin ensemble

26-12-2018
Chokri Ben Nessir

Cité de la Culture de Tunis. Ce nouveau joyau dans son écrin, a été joyeusement pris d’assaut, le 17 novembre dernier par une marée d'étudiants venant participer à un événement, le ‘Flagship Event #EU4YOUth : Partenariat UE-Tunisie pour la jeunesse : Allons plus loin ensemble ! Placé sous le patronage du Commissaire européen Johannes Hahn, cet évènement a rassemblé plus d'un millier d'étudiants provenant de diverses universités et campus tunisiens de Tunis et des régions.  Cette manifestation a permis de réunir des experts, des coordinateurs de projets, des bénéficiaires et le grand public autour de projets financés par l’UE à travers des conférences, des panels de discussions, ainsi qu’une exposition. Il s'agit de mieux faire connaître l'appui de l'Union européenne dans les secteurs touchant prioritairement les jeunes. Cet événement s’est en effet focalisé sur plusieurs domaines de la coopération de l’UE en Tunisie tels que l'éducation, la recherche et l’innovation, l’entrepreneuriat, la culture, l’art et la créativité ainsi que les médias.

Plein comme un œuf, le Théâtre des régions, l’un des pôles phares de la Cité de la Culture, qui a abrité la manifestation, a eu droit à quelque chose de rare, d’unique et de précieux. Car, pour capter l’attention d’un public aussi exigeant que celui des étudiants, il fallait lui donner un format particulier avec un ton festif. C’était donc une journée à la fois didactique, de sensibilisation, de retour d’expériences, rythmée aussi par des performances artistiques. Par moment l’adrénaline montait à un seuil où l’amphithéâtre se transformait en une fête foraine, où les jeunes se déhanchaient, sous un déluge d’applaudissements. C’est cette ambiance qui a incité les divers intervenants à épouser ce format inédit de conférence pour prononcer des allocutions informelles souvent improvisées, l’air décontracté. Ce fut le cas de Patrice Bergamini, Ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, qui, à l’ouverture des travaux, s’est adressé aux jeunes sur un ton proche de leurs cœurs et avec des propos francs et sans détours. « A vous seuls vous pesez plus que n’importe quel parti politique. Vous mobiliser, vous unir pour faire bouger les lignes et vous offrir un meilleur avenir sont les objectifs de l’Union européenne », a-t-il déclaré à ce parterre d’étudiants et de bénéficiaires des différents programmes de l’Union Européenne. « C’est vous qui avez les armes pour changer.  On est là pour vous aider et beaucoup de programmes ont été élaborés pour vous encourager à ne jamais abandonner, ne jamais renoncer et pour prendre un bon départ, car la jeunesse c’est la priorité de l’Europe », a-t-il ajouté. « Que ce soit dans le champ social ou dans le champ économique, c’est vous qui devez apporter les réponses pour aborder l’avenir de manière plus optimiste. Vous avez quelques années devant vous pour faire la différence, pour que l’espoir ne retombe pas. Vous avez une responsabilité immense mais vous ne pouvez pas imaginer l’espoir que vous représentez et même si c’est difficile, ne renoncez jamais !», a-t-il conclu.

Rétablir la confiance
Pour sa part, Abdelkoddous Saâdaoui, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Jeunesse et des Sports chargé de la Jeunesse a révélé que 57% de la population tunisienne a moins de 35 ans. “Pourtant, on a l’impression que cette tranche sociale est une minorité », s’est exclamé M.Saâdaoui fustigeant l’absence d’intérêt pour les jeunes. « Tout ce qui est péjoratif est attribué aux jeunes », a-t-il renchéri.  « On dit, on a arrêté dix jeunes malfrats mais on ne dit jamais ; ce jeune qui a réussi, on ne dit pas la jeune Ons Jabeur ou le jeune Oussama Mallouli! », s’est-il étonné.
Pour lui, « cette génération est née libre et tout retour en arrière est impossible ». Toutefois, il estime que le vrai gap n’est pas générationnel. « II y a un fossé entre les régions et un problème de confiance”, a-t-il ajouté. « C’est le seul problème qu’on veut résoudre, car le seul chemin est de vous faire confiance, et l’Etat vous fait confiance », a-t-il souligné.

Pour le pallier, le secrétaire d’état préconise de transformer plus de 200 maisons de jeunes « désertées », pour en faire « des maisons de créativité, de vraies plates-formes pour les jeunes », mais, « le programme, le contenu, c’est à vous de le concevoir », a-t-il asséné. « Vous êtes les pépites de la nation, faites quelque chose que vous aimez et dont vous rêvez, ne migrez pas mais voyagez ! », a lancé le secrétaire d’Etat.

Abdelaziz Darghouth, président d’Enactus-Tunisie qui regroupe 4500 étudiants, 60 universités et a réalisé 850 000 heures d’actions volontaires, a, pour sa part, souligné que cette rencontre est un moment clé pour les jeunes, afin de réussir à mettre les projets sociaux en route à travers un rapprochement intelligent et constructif. “Fermer les frontières entre les deux rives de la Méditerranée coûtera cher et ne résoudra pas les problèmes ! L’Europe peut permettre de créer un monde meilleur pour les jeunes du Sud. Il faut trouver une vision commune pour se compléter et s’entraider. Nous voulons aller plus loin pour développer la culture entrepreneuriale et sociale“, a tenu à souligner le Chairman d'Enactus Tunisie.

La manifestation a surtout permis aux jeunes de prendre connaissance des divers projets de l'UE liés à la culture, à l'éducation, aux médias, à l'innovation et à l'esprit d'entreprise.
C’est ainsi que des experts et chefs de projets ont été invités à présenter les résultats obtenus et à présenter les activités en cours à l’adresse des futurs bénéficiaires. C’est dans ce sillage que Mme Carla Giulietti, chef exécutif de l’agence pour l’éducation, l’audiovisuel et la culture (EACEA) et directrice des programmes et activités au sein de la Commission Européenne Erasmus+,  a présenté l’avancement des différentes activités du projet, tout en donnant un bref aperçu  des activités à venir. A cet effet, elle a fait part des masters ouverts au titre de l’année 2019 en ce qui concerne le programme Erasmus+ et les masters conjoints du programme Erasmus Mundus, incitant les jeunes à découvrir près de 107 masters toutes disciplines confondues. Mme Giulietti a abondé dans le même sens exhortant les étudiants à explorer les opportunités de bourses de recherche et des masters d’excellence que l’UE a mis en place au profit des jeunes des pays du sud.
Adel Alimi, coordinateur national du programme Erasmus+ a, pour sa part, révélé que 400 étudiants tunisiens sont partis en Europe, depuis le lancement du programme, et ont bénéficié soit d’un renforcement de capacités ou d’une certification européenne.

 

Témoignages des bénéficiaires
Les présentations ont été suivies de témoignages de jeunes bénéficiaires reflétant l'impact positif du programme sur leur parcours.  C’est ainsi que M. Bahri Ben Yahmed (Danseurs Citoyens), bénéficiaire du programme Med Culture a décrit son parcours et l’apport du soutien européen. « Je suis danseur depuis 30 ans, cinéaste depuis 15 ans, autodidacte, j’ai ramé seul comme un rêveur de la Tunisie. Comment présenter une autre vision de mon pays a toujours été la principale interrogation pour moi. J’ai donc travaillé sur les minorités et plus particulièrement sur les noirs en Tunisie. L’art n’est qu’un prétexte pour faire bouger les choses. Il faut simplement y croire et mener le combat. D’ailleurs, je suis très heureux qu’on vienne de voter une loi antiracisme en Tunisie. J’ai senti en quelque sorte l’aboutissement de mon travail. Pour cela je demande à l’Union européenne d’accompagner les jeunes mais pas de concevoir à leur place. Un conseil : tenez-bien à vos idées, à vos projets, c’est un travail de longue haleine ».

Mme Nesrine Daly, une autre bénéficiaire, 31 ans (Centre culturel Afro-Med), abonde dans le même sens : “Le financement des projets existe, les stages aussi, mais le problème de la création culturelle demeure l’absence de visibilité. Avec Med-Culture, l’avantage pour moi a été de pouvoir faire du réseautage. J’ai donc réussi à travers ce programme à compléter ce qui me manque ; le savoir-faire ».
Plusieurs programmes et projets on été présenté lors de cette rencontre, tels que Horizon 2020, SouthMed WiA, Creative Mediterranean (Cluster Nabeul), le projet DiAfrik Invest, le projet Tfanen Tunisie Créative…
Diverses autres surprises ont été organisées à savoir un concours photo avec une fresque taguée par le fameux jeune artiste InkMan, l’opérette Al‐ Alia de l’association 7e dimension (Kasserine) et une performance du  jeune rappeur tunisien et militant pour la paix : M. Ramzi Ben Achour #Mathcima.
Les chansons du groupe Mathcima ont tenu en haleine un public qui ne cessait pas d’en redemander. Les artistes ont séduit l’assistance par des tubes qui ont réuni différents timbres et différents dialectes pour dénoncer le racisme et la stigmatisation.
Quant à l’opérette Al‐ Alia de l’association 7e dimension (Kasserine), elle a transposé sur scène tout un univers dont les codes rappellent les contes populaires et a fait émerger un rythme envoûtant aux épices épiques. Ce fut une performance époustouflante qui a permis au jeune public d’explorer des contrées musicales inédites.
Le Commissaire européen Johannes Hahn, qui a rehaussé par sa présence l’évènement, a déclaré à la fin de la journée que cette manifestation a été « une occasion pour montrer le soutien européen à la prochaine génération et de présenter ce que l’on fait pour l’aider à mener une vie décente et pour lui offrir des perspectives, de démontrer aussi le ferme soutien de l’Europe à la Tunisie et en particulier à la jeunesse tunisienne et à célébrer l’évènement par la musique, car nous sommes unis dans la diversité, nous croyons dans ce pouvoir de la culture. ».
Pour sa part, Patrice Bergamini, Ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, qui s’est félicité du succès de la manifestation, s’est réjoui de ce « retour d’expériences pour connaître ce qui a marché, ce qui n’a pas marché »  mais aussi pour passer des messages « pour parler des valeurs qui nous rapprochent », a-t-il expliqué.

Cette journée haute en couleur s’est terminée sur une note musicale additionnelle, le magnifique concert «24 Fragrances » du maestro Mohamed Ali Kammoun. La création orchestrale de Tunis Opera Orchestra a reflété un portrait musical authentique, jeune et moderne de la Tunisie et s’est révélé un vibrant hommage à une Tunisie aux multiples facettes. Les 24 Fragrances en question s’inspirent d’arômes et de sensations musicales gravées dans l’identité culturelle tunisienne mélangées à une touche spéciale du compositeur qui a donné à l’œuvre une dimension particulière pour un voyage dans le temps, l’espace et les sens.

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