L’UE promeut une identité palestinienne positive et rapproche les Palestiniens de leur culture

14-02-2019
Adnan Joulani

L’Union européenne soutient les organisations de la société civile palestinienne et européenne qui œuvrent en faveur de la cohésion sociale et d’une identité palestinienne unifiée par la culture et les arts.  Le résultat apporte un sentiment d’inclusion dans le monde et sa culture.

La Palestine, malgré sa petite superficie, n’est pas un endroit cohésif.  Si les Palestiniens sont unis par leur aspiration à la liberté et à l’autodétermination, ils forment une population diversifiée à bien des égards.  La fragmentation physique des territoires palestiniens en ce qui constitue la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est a fait des ravages dans tous les aspects de la vie palestinienne.  Le fait que chaque territoire soit contrôlé et gouverné par une entité différente a renforcé le manque de cohésion palestinienne.
   En dépit de cette réalité, la plupart des Palestiniens sont avides d’une identité palestinienne unifiée.  La jeunesse est le fer de lance des efforts déployés dans ce sens, et l’Union européenne (UE) les soutient de nombreuses façons.
   L’organisation Palestinian Vision (Palvision), basée à Jérusalem, et le Forum Jeunesse sans frontières, basé à Gaza, ont défini les événements et rassemblements culturels comme un moyen de promouvoir une identité palestinienne positive et unifiée.  En collaboration avec une organisation partenaire slovène, ils ont conçu le projet Habkeh, une initiative conjointe d’artistes européens et palestiniens qui vise à amener la culture et l’art dans les rues de Cisjordanie et de la bande de Gaza.
   Maram Rajabi, la directrice du projet, explique : « Nous avons ciblé les zones marginalisées telles que les camps de réfugiés et les villes conservatrices plutôt que les zones régulièrement exposées à des événements culturels et des représentations artistiques. Yasmin Assad, chargée de communication chez Palvision, explique qu’en ciblant les communautés marginalisées, le projet contribue à renforcer l’identité palestinienne dans ces zones.
   Mme Assad ajoute que les activités conjointes avec des artistes européens ont contribué à exposer ces communautés à la culture européenne et leur ont donné un sentiment d’inclusion dans le monde et sa culture.  « Ces gens ne peuvent pas assister à ces représentations à l’étranger, alors nous leur avons apporté ces cultures et ces spectacles. »
   Le projet Habkeh comprend un ensemble intégré d’activités, dont le festival (« Rooftop ») Al-Sateh, le défilé de rue, le musée de la rue et l’atelier de « selfie ».  Il est mis en œuvre à Hébron, Naplouse, dans le camp de réfugiés de Dheishe à Bethléem, à Jérusalem-Est et dans la ville de Gaza avec une subvention totale de l’Union européenne de 176 734 euros, couvrant 80 % des coûts du projet.
   Le festival « Rooftop » était une célébration de trois jours sur le toit d’une maison.  Cela ressemblait aux célébrations d’antan en Palestine.  « Nous voulions montrer que la tenue de festivals célébrant notre culture et renforçant notre identité ne demande pas beaucoup d’argent », affirme Mme Assad.  Le festival « Rooftop » a regroupé des artistes palestiniens et européens au sein de représentations communes, dans une cohésion totale entre la musique et les voix palestiniennes et européennes.
   Dans les défilés de rue, des artistes palestiniens et européens se sont joints les uns aux autres dans des activités telles que la dabkeh, le break dancing et le cyclisme artistique.  « Nous avons réuni des artistes comme Zeid Hilal Band, de Palestine, Sam, un saxophoniste d’Angleterre, Lina, une break danseuse de France, un groupe cycliste appelé BCX, qui a présenté du cyclisme artistique dans la rue, et Zaitouna Band for Dabkeh and Dance, de Palestine », explique Mme Assad.
   Les activités du défilé de rue étaient amusantes et ont attiré un large public.  « Les gens ont apprécié les défilés et d’autres personnes se sont jointes en cours de route jusqu’au point final », affirme Amer Daraghmeh, coordinateur du projet.
« C’était réconfortant de voir le bonheur sur le visage des enfants de Gaza », atteste Mme Assad.
 

   Les musées de rue étaient des expositions de peintures d’artistes palestiniens et européens lancées à la fin des défilés de rue.  Le but était de présenter l’art dans la rue, à tous les gens.  « Notre objectif n’était pas d’atteindre les gens intéressés par l’art, mais de sortir le musée des salles fermées et de letransposer dans la rue.  Nous voulions que les gens soient exposés à l’art, même si ce n’est pas par choix », explique Mme Assad, responsable de la communication.  Huit artistes — quatre Palestiniens et quatre Européens — ont participé au musée.  Ils ont exposé 24 peintures dans quatre villes palestiniennes — Naplouse, Gaza, Hébron et Jérusalem.  Les musées sont restés un mois dans chaque ville.  Les mêmes tableaux ont été présentés et les mêmes artistes ont exposé leurs œuvres. Les artistes européens venaient de Slovénie, d’Italie, des Pays-Bas et de France.
   Mahmoud Abu Daghash, 26 ans, est un artiste palestinien de Tulkarem, au nord de la Cisjordanie.  C’est un peintre doué qui a commencé à peindre à l’âge de six ans.  Il n’a pas étudié l’art, mais a développé son don par lui-même grâce à la pratique et des tutoriels vidéo.  « Je suis guidé par mon amour pour la peinture. Je peins tous les jours », raconte l’artiste timide se présentant en fauteuil roulant..
   Malgré son don, Mahmoud  ne peut pas gagner sa vie en tant qu’artiste.  « La vie d’un artiste palestinien est difficile. Il ne peut pas compter sur l’art pour vivre.  Tout ce que je peux faire, c’est donner des cours d’art qui ne rapportent pas assez d’argent pour vivre », estime-t-il. 
  Mahmoud  a participé au défilé et à l’exposition de Naplouse.  Bien qu’il n’ait pas pu se rendre à Hébron, à Gaza ou à Jérusalem, ses tableaux y ont été exposés.  Il était particulièrement ravi lorsque ses tableaux sont arrivés dans sa ville bien-aimée.  « J’aime Jérusalem, mais je ne peux pas y aller à cause des restrictions israéliennes.  Je suis tellement heureux qu’une partie de moi, mes peintures, y soient arrivées », ajoute-t-il.
   La participation aux musées de rue organisés dans le cadre du projet Habkeh a changé la perception de Mahmoud sur son propre peuple.  « J’ai découvert que les Palestiniens aiment l’art et le dessin, et ont un goût artistique. »  Seules quelques dizaines de personnes ont assisté aux précédentes expositions auxquelles il avait participé. Cette observation et le fait qu’il se soit battu pour vendre son art lui ont donné l’impression que les gens ordinaires ne se souciaient pas de l’art.  « Je ne le pense plus.  Je pense que les Palestiniens ont un goût artistique, mais un canal approprié est nécessaire pour leur faire connaître l’art.  Le projet Habkeh y a contribué. »  D’autre part, Habkeh a contribué à ce que plus de gens connaissent Mahmoud .  « C’était l’une des expositions les plus réussies auxquelles j’ai participé et qui m’a permis de mieux me faire connaître. »
   Mahmoud rêve de participer à des expositions internationales afin de présenter son art et de transmettre son message au-delà de la Palestine.  Le message qu’il véhicule est celui que les Palestiniens sont comme tous les autres peuples de la terre.  « Nous sommes des êtres humains possédant leur propre culture et leur propre art, et qui apprécient la culture et les arts des autres. »
   Yazan Ghareeb, 32 ans, du camp de réfugiés de Dheishe, a également participé à l’activité du musée de rue.  Yazan a commencé à dessiner à l’âge de 8 ans et a étudié la cinématographie à Damas, en Syrie.  Il travaille avec des enfants ayant des besoins spéciaux, des autistes et des patients atteints de cancer en utilisant le psychodrame et l’art-thérapie.  « Donner le sourire à un enfant signifie beaucoup pour moi », explique Yazan à propos des enfants avec lesquels il travaille.  Il donne aussi des cours de dessin aux gamins, en insistant sur le fait qu’ils doivent dessiner leurs propres envies et utiliser le matériel qu’ils veulent.
   Yazan utilise diverses techniques de dessin, dont la dernière en date consiste à utiliser le café comme peinture.  Il veut que les gens apprécient le café avec leurs yeux aussi bien qu’avec leur palais.  Il voudrait aussi insister sur le fait qu’une personne peut créer quelque chose de significatif en utilisant des matériaux peu coûteux comme le café.
  Yazan  aime l’idée d’aller au-delà du cadre traditionnel de l’exposition d’œuvres d’art à l’intérieur pour les exposer à l’extérieur afin que tout le monde puisse en profiter.  « De cette façon, les œuvres d’art atteignent les jeunes et les vieux... les pauvres et les riches.  Elles rejoignent le monde réel, que les gens s’intéressent à l’art qu’ils le connaissent ou non.  Ce fut une très belle expérience », déclare-t-il.
   Yazan   a apprécié l’interaction avec des artistes provenant d’autres villes palestiniennes, ainsi qu’avec des artistes européens.  « Chaque personne pense différemment et a son propre message qu’elle cherche à faire passer à travers son art », ajoute le jeune artiste

   De plus, les Palestiniens qui ont assisté à l’activité ont été intrigués par ses peintures, leur style et le matériel qu’il a utilisé.  « Ils sont habitués à boire du café, mais ici, ce produit est devenu une peinture artistique.  Nous buvons du café dans tous nos événements sociaux, et maintenant il est utilisé pour représenter les villes palestiniennes, et autres… »
   D’autre part, l’artiste palestinien a apprécié les peintures des artistes européens qui ont participé au projet.  Il a aimé découvrir leur travail, trouver de nouvelles idées et puiser dans les expériences, les styles et les matériaux utilisés.
   À l’instar de Mahmoud, Yazan  aspire à améliorer son art et à atteindre le monde entier.  « Je veux développer mon don et apprendre quelque chose de nouveau.  Mon rêve est d’ouvrir une école d’art qui qui touche le monde entier », conclut-il.
   La quatrième activité consistait à produire un livre intitulé « Mind Your Gap : The Seeds of Palestine Future. »  Elle a été réalisée par les journalistes slovènes Barbara Vodopivec et Bojan Brecelj, qui se sont rendus dans plusieurs villes palestiniennes et ont interrogé les artistes participants sur leurs rêves pour l’avenir.  Ils ont pris un portrait de chaque personne qu’ils ont interviewée et ont fini par rassembler 55 portraits avec des échos sur leurs rêves pour l’avenir.  Les réponses étaient intéressantes et révélatrices des aspirations palestiniennes. Le livre a été lancé pendant la période de Noël au Manger Square à Bethléem.  Les réflexions partagées dans le livre ont suscité un débat au sein de la communauté palestinienne sur les questions de l’immigration par rapport au fait de rester chez soi, ainsi que sur une série de questions telles que les femmes et les normes sociales, les jeunes et leurs aspirations, l’autonomisation économique et le chômage en Palestine.
   La directrice du projet, Maram Rajabi, a noté que les responsables palestiniens étaient impressionnés par le projet Habkeh et souhaitaient qu’il soit renouvelé chaque année.  Elle a rappelé qu’à la fin du défilé et à l’inauguration du musée à Naplouse, le chef du service de la jeunesse de la ville a affirmé que Palvision, en coopération avec l’UE, avait fait un travail merveilleux et que la ville et la société civile devraient adopter une telle activité et la répéter sur une base annuelle.  « C’était un témoignage de la réussite du projet », s’est-elle vantée.
   À propos de la contribution du projet à une meilleure compréhension mutuelle entre les cultures palestinienne et européenne, Mme Rajabi révèle : « Je pense que ça a été dans les deux sens.  Des artistes européens ont été intégrés aux artistes palestiniens.  Sam, par exemple, a joué du saxophone avec le groupe Zeid Hilal.  Ça s’est passé spontanément.  Ils marchaient l’un à côté de l’autre et ont fini par jouer ensemble.  Nous croyons que l’art est un langage universel qui rassemble les gens, et ce slogan s’est concrétisé sur le terrain. »
   « Je pense que nous avons contribué à mettre en lumière la culture palestinienne et à exposer davantage de Palestiniens à leur culture en touchant des communautés mal desservies qui n’ont jamais, ou rarement, eu de telles activités, et qui n’étaient pas totalement ouvertes à leur propre culture, et encore moins à la culture européenne.  De plus, nous avons ouvert une porte à de nombreux artistes locaux et contribué à leur popularité. »
   Le projet Habkeh est mis en œuvre dans le cadre du programme de Jérusalem-Est, qui vise à maintenir la viabilité de la solution à deux États, avec Jérusalem en tant que future capitale des deux États.
 

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