L’UE aide les femmes palestiniennes à devenir chefs d’entreprise

04-12-2018
Adnan Joulani

Les femmes palestiniennes chefs d’entreprise transforment leurs idées en nouvelles entreprises grâce au Programme d’incubateurs d’entreprises en phase de démarrage (Business Start-up Incubators Program – BSIS) de l’Union européenne.
En ce qui concerne l’éducation des femmes en Palestine, les tendances ont changé au cours des deux dernières décennies : les femmes sont plus nombreuses que les hommes à obtenir leur diplôme d’études secondaires et universitaires.  Néanmoins, les tendances concernant la participation des femmes à la population active n’ont pas évolué en parallèle.  Les femmes continuent d’être confrontées à des défis lorsqu’elles entrent sur le marché du travail, leur salaire est inférieur à celui des hommes qui occupent des postes similaires, et très peu de femmes graviront l’échelle de l’emploi pour accéder aux postes de direction.  L’Union européenne (UE), par l’intermédiaire de son Programme d’incubateurs d’entreprises en phase de démarrage (Business Start-up Incubators – BSIS), a renforcé l’autonomie des femmes entrepreneures et leur a permis de devenir des chefs d’entreprise au cours des deux dernières années.
 

   Grâce au BSIS, plus de 40 organisations de femmes et de jeunes ont été approchées, ce qui a permis d’attirer un grand nombre de femmes entrepreneures dans le programme.
   Aya Kishko, 26 ans, est une architecte originaire de Gaza.  Travaillant en tant qu’ingénieure de conception dans une usine de meubles dans la zone industrielle de Gaza, Mme Kishko a remarqué que des centaines de palettes entrant chaque jour dans la bande de Gaza n’étaient pas utilisées.
   150 à 200 camions entrent chaque jour dans la bande de Gaza, transportant toutes sortes de marchandises chargées sur des palettes.  Chaque camion transporte 24 palettes.  Ce sont plus de 20 000 palettes de bois naturel qui entrent dans la région chaque semaine.  « Les palettes sont empilées partout dans la zone industrielle », explique-t-elle.
   Mme Kishko voyait un grand potentiel à utiliser le bois de palette comme matière première pour la fabrication de meubles, une source particulièrement attrayante compte tenu des faibles niveaux de revenu dans la bande de Gaza.  C’est ainsi qu’elle a fabriqué et vendu plusieurs meubles.  Durant cette période, elle a également participé au concours d’entrepreneuriat « Green Solutions Entrepreneurship Competition » organisé par l’Islamic Relief, où elle a terminé parmi les trois meilleurs candidats.
   Son succès l’a encouragée à fonder « Basata », une start-up qui transforme le bois de palette en meubles.  Elle a utilisé les 3 000 dollars américains gagnés au concours pour mettre sur pied un atelier à son domicile.
   Toutefois, Mme Kishko apprécie davantage les conseils et l’orientation qu’elle a reçus du Business Technology Incubator (BTI) de l’Université islamique de Gaza, l’un des cinq incubateurs d’entreprises recevant un soutien technique par l’intermédiaire du BSIS de l’Union européenne.

   Les consultants du BSIS ont aidé Mme Kishko à concevoir un plan d’affaires et un plan de marketing, et lui ont fourni un accompagnement personnalisé 
ainsi que des conseils techniques.  « Grâce au BSIS, j’ai reçu des conseils inestimables.  Leur accompagnement personnalisé permet à Basata de progresser constamment vers le succès », affirme-t-elle.
   « Mon projet aurait été fondé sur des bases incertaines sans BSIS, car je n’ai pas d’expérience en affaires.  Ils m’ont donné confiance.  Maintenant, je peux dire que mon atelier deviendra une usine », ajoute-t-elle.

  Une autre femme entrepreneure remarquable est Amal Aljojo, diplômée en langue anglaise et en éducation. Elle a créé un jeu éducatif appelé Cards of Playing and Interaction (COPI).  « Le jeu aborde le problème de la faiblesse de l’enseignement de l’anglais comme langue étrangère et de l’orthographe de l’anglais chez les enfants », explique-t-elle.  La solution était de créer des cartes interactives avec des lettres.  « Ces cartes comprennent divers jeux qui enseignent l’orthographe et l’usage des mots.  Le jeu améliore la capacité des enfants à apprendre l’anglais à l’aide des cartes, ainsi que d’autres éléments comme des planches de jeu, des puzzles, un dictionnaire des mots à enseigner de la 1re à la 3e année, etc. », ajoute-t-elle.
   Grâce au BSIS, Mme Aljojo a reçu une formation en entrepreneuriat.  « J’ai participé à un camp de formation sur l’élaboration d’un plan d’affaires et d’un modèle d’affaires, ce qui m’a aidé à savoir où j’allais.  J’ai continué à recevoir des conseils par l’intermédiaire de consultants mis à disposition par l’incubateur. »
   Mme Aljojo a beaucoup d’ambition.  « Mon objectif pour l’avenir est de cibler d’autres groupes d’âge que les élèves du primaire.  De plus, je veux faire breveter le COPI et traduire le concept du jeu dans d’autres langues grâce à la mise en réseau avec d’autres organisations en dehors de la Palestine. »
   BSIS m’a donné de l’expérience, m’a aidé dans le marketing et a été mon compagnon depuis que je l’ai rejoint », conclut-elle.
 

Trois autres femmes brillantes ont bénéficié du même programme financé par l’UE. À Hébron, au sud de la Cisjordanie, trois diplômées de l’Université polytechnique palestinienne (PPU) ont confirmé la possibilité d’utiliser un polluant, les débris des usines de taille de pierre, pour éliminer un autre polluant, les eaux usées de l’industrie laitière.  Les usines de taille de pierre sont un élément essentiel de l’économie d’Hébron, mais les débris provenant de cette industrie représentent un danger pour l’environnement ; ils obstruent le système de drainage, polluent le sol et génèrent de mauvaises odeurs.
   Heba Dweik, Nadia Iqaefan et Narmeen Zahdeh, diplômées en technologie environnementale, ont appliqué leur concept novateur à un autre problème environnemental.  Elles ont utilisé des débris de taille de pierre pour traiter les eaux usées des tanneries de cuir, qui sont fortement polluées par le chrome.  Si elles sont éliminées dans le système de drainage, les eaux usées des tanneries provoquent leur érosion.  Ainsi, les tanneries devaient collecter leurs eaux usées et les envoyer à Israël pour y être traitées.  Sept mètres cubes d’eau polluée par le chrome sont produits chaque jour.  Le coût de son élimination dépasse 100 000 dollars par an.
   Les trois entrepreneures en herbe ont présenté leur innovation lors d’un concours d’entrepreneuriat vert ainsi qu’à plusieurs conférences scientifiques.  Lors du concours d’entrepreneuriat, elles ont reçu 5 000 dollars de la Banque islamique de développement pour concevoir et produire un prototype de leur appareil, qui fonctionne toujours dans une tannerie d’Hébron.
   Mmes Dweik, Iqaefan et Zahdeh ont décidé de commercialiser leur solution, appelée « Waste by Waste ».  N’ayant aucune expérience en affaires, ce fut un défi plus difficile que tout autre défi d’ingénierie auquel elles n’avaient jamais eu à faire face.
   Cependant, BSIS, qui leur a été présenté à l’incubateur d’entreprises du PPU, était là pour elles.  « BSIS a enregistré notre projet en tant qu’entreprise et a engagé un avocat pour faire breveter notre solution.  De plus, il nous a fourni des bureaux, de l’équipement et des fournitures », explique Mme Iqaefan.
   En outre, BSIS prend en charge le voyage de l’équipe à Barcelone cet automne pour représenter la Palestine dans un réseau d’entrepreneurs euro-méditerranéens.  « L’Espagne, le Maroc, la Tunisie, etc. ont des industries traditionnelles similaires où nous pouvons vendre notre produit », indique Mme Iqaefan d’un air optimiste.
   Ali Ramadan, directeur de l’incubateur d’entreprises au PPU, a déclaré que BSIS avait soutenu leur incubateur en fournissant un espace de travail pour les entrepreneurs incubés ainsi qu’une série de formations et un camp de démarrage.  De plus, BSIS a présenté les meilleures pratiques à l’incubateur et lui a fourni du matériel expliquant le processus d’incubation du début à la fin.  En outre, BSIS a dispensé des formations ou mis à disposition des formateurs et des services commerciaux rémunérés par l’intermédiaire d’un réseau d’experts.  M. Ramadan explique que huit start-ups ont été incubées jusqu’à présent, tandis que plus de 220 participants ont pris part aux diverses activités de l’incubateur dans le district d’Hébron.
   D’ici 2019, BSIS entend soutenir 120 de ces start-ups.  Les Palestiniennes représenteront une part importante de ce nombre.
 

Contexte
   L’économie palestinienne souffre de l’absence de progrès vers la fin de l’occupation israélienne.  Les Accords d’Oslo et le Protocole économique de Paris qui a suivi ont laissé peu de place aux Palestiniens pour développer leur économie en dehors du contrôle israélien.  Par exemple, le gouvernement palestinien contrôle moins de 40 % de la Cisjordanie, laissant peu de territoire à l’agriculture et à l’industrie.  Pendant ce temps, Israël contrôle toutes les exportations et les importations, impose un blocus paralysant la bande de Gaza et applique un régime de restrictions importantes à la circulation en Cisjordanie.
   En conséquence, les taux de chômage ont grimpé en flèche ces dernières années, dépassant 40 % dans la bande de Gaza, ce qui fait qu’une fraction importante de la population vit dans la pauvreté.  Ni le secteur public palestinien, ni le secteur privé ne sont en mesure de répondre à la nécessité de créer des emplois.  Les jeunes Palestiniens, en particulier les diplômés universitaires, ont été sévèrement touchés par ces dures réalités.
   Par la suite, de nombreux jeunes ont choisi la voie de l’entrepreneuriat, ce qui n’est pas facile, surtout pour les jeunes qui ont de brillantes idées, mais presque aucune expérience en affaires, et plus encore pour les femmes, qui font également face à des défis sociaux.
   Les entrepreneurs et les jeunes entreprises ont besoin d’un soutien tout au long du processus de transformation de leurs idées en entreprises viables.  Le soutien comprend la formation en affaires, les conseils juridiques, l’encadrement et le mentorat, ainsi que l’accès au financement.
   L’Union européenne (UE), par l’intermédiaire de son Programme d’incubateurs d’entreprises en phase de démarrage (Business Start-up Incubators – BSIS), s’est associée à des incubateurs d’entreprises en Palestine pour encourager les jeunes entrepreneurs à faire avancer leurs idées et à améliorer leurs compétences afin de renforcer la viabilité de leurs jeunes entreprises.  BSIS soutient cinq incubateurs régionaux – existants – à Ramallah, Hébron, Bethléem, Jérusalem et Gaza.  Il est mis en œuvre en Palestine par l’Agence belge de développement (Enabel).
   Lancé en 2016, BSIS assure le renforcement des capacités institutionnelles des incubateurs, la formation et l’accompagnement des entrepreneurs, ainsi que des sessions d’information et une plateforme numérique sur l’accès au financement.  En outre, les services aux petites entreprises sont encouragés au travers d’un système de bons d’achat pour les jeunes entreprises et les micros, petites et moyennes entreprises existantes.
   Après avoir renforcé leurs capacités, les incubateurs s’adressent aux entrepreneurs palestiniens ambitieux et leur donnent une chance de démarrer leur entreprise.