La nanotechnologie au service de l’agriculture : une Marocaine en fait le pari

08-03-2019
Hicham Houdaïfa

L’innovation technologique au service de l’agriculture : c’est le pari lancé par Meryam El Ouafi, cofondatrice de l’entreprise GEMS. Basée à Agadir dans la région du Souss, Meryam travaille sur un nouveau procédé en irrigation qu'elle cherche à commercialiser tout d’abord au Maroc et ensuite jusqu'en Afrique subsaharienne. GEMS a bénéficié d’un accompagnement dans le cadre de Diafrikinvest, un projet financé à hauteur de 90% par l’Union européenne (UE).

GEMS, (Green Engineering Mission SARL) c’est tout d’abord une entrepreneuse, Meryam El Ouafi, une femme tenace et ambitieuse aux idées audacieuses. Cette diplômée en gestion financière et comptable à l’ENCGA, et titulaire d'un Master européen en management stratégique, s’est investie dans les affaires en fondant et devenant directrice générale du complexe touristique « Chems-Ayour » à Agadir. C’est tout naturellement qu’elle s’est ensuite intéressée à l’agriculture.

 « J’ai cofondé la Société GEMS qui introduit un système unique et innovant de nano-irrigation au Maroc et en Afrique. Etant moi-même fille d'un agriculteur, et hormis le fait que j’aie choisi initialement d’évoluer dans un écosystème totalement différent (celui du tourisme), j’ai fini par être rattrapée à la fois par la gravité de la problématique de l’eau qui touche la région et par la vulnérabilité de tout un secteur qui dépend d’une ressource qui se fait rare et des systèmes d’irrigation conventionnels, notamment le goutte à goutte, qui ont montré leurs limites ; une situation qui implique à mon sens à la fois une mise en question sur les moyens de gestion de l’eau d’irrigation actuels, et une transition vers une nouvelle génération de nano-irrigation capable d’économiser l’eau de manière optimale », lance d’emblée Meryam.

Une technologie du futur

GEMS, ce n’est pas seulement une entreprise, mais aussi une innovation technologique d’irrigation agricole basée sur la nanotechnologie. « Je souhaite, à travers mon projet, introduire en exclusivité au Maroc une innovation technologique d’irrigation agricole basée sur la nanotechnologie. Un système d’irrigation qui apporte une solution pour les petits et grands agriculteurs en assurant un rendement supérieur par rapport aux produits concurrents avec une efficience en matière de consommation de l’eau, de l’énergie, du coût et de maintenance. » L’objectif de Meryam est de construire la première usine du système d’irrigation nanotechnologique en Afrique, « et ce à travers le transfert de cette technologie au Maroc pour faire ensuite de notre continent africain un lieu productif et meilleur pour les générations futures. »

En théorie, les nanotechnologies et les nanosciences sont l'étude, la fabrication et la manipulation de structures, de dispositifs et de systèmes matériels à l'échelle de moins d'une quarantaine de nanomètres. Appliquées à l’agriculture, elles tentent de répondre à la demande mondiale croissante de nourriture, d’énergie et d’eau sans pour autant augmenter notre utilisation des ressources naturelles. « Notre système d’irrigation est le premier et unique système d'irrigation continu qui utilise de la nanotechnologie.  Installé sous terre, il est fait de membranes semi-perméables avec 100 000 nanopores par cm2 qui libèrent en continu une petite quantité d'eau près des racines évitant ainsi les effets indésirables des phénomènes de percolation et d’évaporation. » 
Mais pratiquement, quelle est la différence entre ce procédé d’irrigation et l’existant ? « Ce projet consiste à introduire en Afrique un système innovant qui permet une libération constante d'eau sans pompage ni électricité en réduisant au minimum le stress hydrique des plantes ainsi que la consommation de l’eau de 50% à 80% par rapport aux systèmes d’irrigation standards. Le principe permet de réduire les interventions humaines répétitives et ainsi garantir une grande efficience en termes de coût et d’optimisation de la gestion de l’irrigation pour les exploitations agricoles, les sociétés agroindustrielles et les espaces verts notamment les espaces publics, zones touristiques, gazon, jardins et golfs, ainsi que les communes et les propriétés privées. »
 
Meryam est confiante quant à la pertinence d’une telle innovation technologique pour l'agriculture et pour la gestion de l'eau et la production végétale, notamment dans un pays comme le Maroc : « plusieurs chercheurs ont estimé que la nanotechnologie pouvait être prometteuse dans les méthodes de production et de protection des plantes et profiterait aux agriculteurs du monde entier, en particulier ceux des pays en développement. » 
A la tête de GEMS, Meryam voit les choses en grand et compte non seulement investir le marché marocain, mais également tout le continent africain. « Le potentiel en Afrique est grand, en vue des contraintes causées par le coût de plus en plus élevé de l’eau d’irrigation et par la pénurie de l’eau essentiellement dans le désert et les zones arides où justement notre système est encore plus performant qu’ailleurs », conclut-elle.
 

Un financement européen

Dans cette belle aventure, GEMS a bénéficié d’un financement d’environ 20.000 euros, à travers un fonds public de la Caisse centrale de Garantie (CCG) qui porte le nom de Innov’Idea, et ce à travers l’association Start Up Maroc. « Nous avons eu le plaisir d’accompagner Meryam El Ouafi, qui à nos yeux est une véritable entrepreneuse, une battante. C’est une dame déterminée, structurée et qui porte un projet d’avenir. Je n’ai pas de doute à ce qu’elle va réussir ce qu’elle est en train d’entreprendre », nous explique Zineb Rharras, directrice générale de Start Up Maroc. En réservant une enveloppe de près de 12.2 millions d'euros au fonds Innov'Invest, dispositif national de financement des startups et des projets innovants, l'UE contribue au soutien des aides prévues pour les entrepreneurs via les produits innov'Idea et Innov'Start proposés par la Caisse Centrale de Garantie, et déployés par des structures labellisées comme Start Up Maroc. 
Gems a également bénéficié dans le cadre du programme d'accélération StartUp Maroc Booster, du programme Diafrikinvest, qui est géré par Anima Investment Network qui fait appel à StartUp Maroc pour la mise en œuvre de certaines de ses actions. 
Gems a pu ainsi bénéficier de ce programme de pointe et envisager ainsi de belles perspectives pour son avenir. Diafrikinvest est cofinancé, à hauteur de 90%, pour un montant de 2 millions € par l'Union européenne.


Autre programme à destination des startups comme GEMS et géré au Maroc par StartUp Maroc, The Next Society. « The Next Society est une communauté d'acteurs du changement ouverte à tous ceux engagés dans l'innovation et le développement économique. Elle réunit des entrepreneurs, des investisseurs, des entreprises, des ONG, des pôles de développement économique, d'innovation et de recherche publics et privés d'Europe et des pays méditerranéens. Elle regroupe déjà un vaste réseau de plus de 300 organisations d'affaires, d'innovation, de recherche et d'investissement, 2 500 PME et entrepreneurs internationaux venant de 30 pays », ajoute Mme Rharras. The Next Society a lancé un plan d'action de quatre ans (2017-2020), cofinancé par l'Union Européenne à hauteur de 90% pour un budget global de 7,8 millions d'euros. GEMS a intégré le programme d'accélération StartUp Maroc Booster 2018 qui offre les trois composantes suivantes : le financement à travers le fond Innov Invest, l’accélération (mentoring, accompagnement, formations, boot camp...) ainsi que l’exposition et l’accès à des programmes internationaux dont Diafrikinvest et The Next Society.
Trois types de programmes (Appui budgétaire local, The AfrikInvest et The Next Society), convergent vers le même objectif : renforcer le potentiel de développement des start up innovantes au Maroc !