Festival du film européen : divertissement, inspiration et motivation

30-04-2018
Mohammad Ben Hussein

D'un légendaire surfeur portugais qui a mené sa carrière sur les vagues de récifs de l'Atlantique aux premières championnes du monde de hip-hop, le Festival du film européen d'Amman a présenté des documentaires sur les exploits inattendus de sportifs et d'artistes qui ont séduit autant le public que la critique. Pendant dix jours, cet événement a été, pour le public local, l'occasion de rencontrer les artistes et les protagonistes d'une vingtaine de films réalisés dans toute l'Europe afin d'apprendre, d'échanger et de puiser des inspirations dans une industrie cinématographique en constante evolution.

Des documentaires pour inspirer les spectateurs

"Saca: The life of Tiago Pires" pourrait sans doute être considéré comme l'un des documentaires les plus fascinants et captivants projetés lors du festival. Il raconte l'histoire complexe d'un surfeur de Lisbonne, surnommé le Prince du Portugal.
"J'espère que mon histoire pourra aider les jeunes Jordaniens à suivre des voies similaires pour découvrir leur potentiel et trouver leur place dans l'histoire", a déclaré Tiago Pires en marge du festival, après avoir partagé avec le public des anecdotes sur le tournage du documentaire et les défis qu'il a dû relever tout au long de sa vie.
"Ce documentaire pourrait porter sur la vie de n'importe quel autre jeune homme au Moyen-Orient. C'est une histoire pour toutes les générations à venir."

Un autre documentaire a séduit le public et la critique "Martha & Niki". Il relate l'histoire vraie de deux jeunes femmes noires vivant en Suède qui ont réussi à se faire une place dans l'univers du hip-hop, dominé par les hommes, jusqu'à décrocher le titre de championnes du monde pour la première fois dans l'histoire d'un concours de danse.
Ce film primé suit Niki Tsappos et Martha Nabwire dans leur parcours pour devenir des légendes dans leur discipline artistique.
Cette histoire extrêmement touchante, ponctuée de moments passionnants, révèle toutes les difficultés qu'elles ont rencontrées dans leur conquête du monde du hip hop.

Niki Tsappos, danseuse et artiste suédoise, dont la réussite restera gravée dans les mémoires pendant plusieurs décennies, a invité les jeunes artistes jordaniens à croire en eux-mêmes pour atteindre leurs objectifs.
"Rien ne m'a été servi sur un plateau en or, j'ai dû travailler très dur pour être reconnue", a-t-elle déclaré.
"Mon histoire dans le film est dédiée à toutes les femmes victimes de toutes sortes de discriminations et de stigmatisations. Je suis certaine que la Jordanie regorge de héros et de héroïnes dignes d'intéresser le monde. Il leur suffit de raconter leur histoire à travers une caméra."

Une industrie cinématographique pionnière

Le Festival du film européen, qui en est à sa 29e édition, est l'occasion de promouvoir les meilleurs talents de l'UE auprès de l'industrie cinématographique locale.
"L'accent mis à travers les documentaires est censé inspirer les cinéaste jordaniens et les parties intéressées par l'industrie audiovisuelle à suivre la même voie et à édifier leurs propres histoires de réussite", a déclaré Andrea Matteo Fontana, Ambassadeur de l'Union européenne en Jordanie.
"Les Jordaniens ont les talents et les institutions nécessaires pour soutenir la croissance de l'industrie audiovisuelle et en faire un acteur incontournable", a-t-il ajouté.
En invitant des artistes et des professionnels du cinéma, ils ont pu partager leur expérience et raconter des histoires sur le succès et ses difficultés, montrer leur engagement et contribuer à créer de nouveaux horizons pour l'amélioration de cette industrie au niveau local, selon Gaelle Sundelin, Chef du projet EUNIC, organisateur de l'événement.

L'industrie audiovisuelle jordanienne a connu des hauts et des bas au cours des dernières décennies. Dans les années 1970 et 1980, le cinéma local était très populaire dans les pays du Golfe arabe et au Moyen-Orient. Mais une vive concurrence de la Syrie et de l'Égypte a mené cette industrie au bord de l'effondrement, selon les observateurs.
Cependant, la situation s'est quelque peu améliorée au cours de ces dernières années avec l'arrivée dans le pays de réalisateurs hollywoodiens venus tourner des superproductions et le succès de certains films à petit budget décrivant les aspects uniques de la Jordanie et ses paradoxes, ainsi que la narration des contes et histoires.
Outre l'hébergement de grandes sociétés de production qui viennent tourner des scènes à travers la Jordanie, ce petit pays a beaucoup plus à offrir qu'un simple décor pour des célèbres acteurs.
La stabilité politique, la présence d'une main-d'œuvre de plus en plus qualifiée, l'existence d'infrastructures et le soutien de la famille royale sont autant d'ingrédients qui permettront de développer une industrie forte capable de créer des emplois et de lutter contre le chômage.

Les responsables de la Royal Film Commission (Commission cinématographique royale) ont de grands espoirs pour la croissance de l'industrie cinématographique compte tenu de l'augmentation du nombre de professionnels et de l'intérêt croissant pour les paysages du royaume. Le partenariat avec l'École des arts cinématographiques de l'Université de Californie du Sud ainsi que la présence de l'Institut des arts cinématographique de la Mer Rouge à la ville portuaire d'Aqaba pourraient également contribuer à stimuler la croissance.
Par exemple, le film "Deeb", maintes fois récompensé, témoigne du fort potentiel de l'industrie audiovisuelle en Jordanie. Projeté lors du Festival de Cannes et présélectionné pour les Oscars, le film a continué à remporter de nombreuses récompenses dans le monde entier.


"Notre objectif est d'avoir une industrie audiovisuelle jordanienne qui puisse être compétitive sur le plan international", a déclaré Nada Doumani, Responsable de la communication et de la programmation culturelle au sein de la Royal Film Commission.
La Jordanie dispose d'une infrastructure moderne, d'une main-d'œuvre qualifiée, de procédures de tournage simplifiées sans formalités administratives, ainsi que d'un soutien important de la part du gouvernement et des forces armées. En outre, il existe désormais des incitations financières attractives, telles que des exonérations fiscales et des remboursements en espèces.
La productrice française Stéphanie Schorter a participé à une session publique où elle a fait part de son point de vue sur la production de films basés sur des histoires vraies et encouragé les cinéastes locaux à suivre leurs intuitions et à prendre des risques. Son film "Relève : Histoire d'une création", plus connu sous le titre international "Reset", raconte l'histoire vraie du chorégraphe français Benjamin Millepied. Le film a été nommé au Festival international du film de Melbourne dans la catégorie Documentaire le plus populaire.

"La Jordanie peut en effet bénéficier de la proximité avec les réalisateurs européens, mais les producteurs doivent prendre des risques, faute de quoi ils ne pourront pas avancer."