En dépit des obstacles, rien n’arrête la coopération commerciale

10-02-2017

Bien que l’immigration en Europe ait fait la une ces dernières années, les décideurs politiques et les entrepreneurs du sud et du nord de la Méditerranée partagent une vision du commerce transfrontalier susceptible d’aider les deux régions à sortir du marasme économique. À Amman, un roadshow consacré au commerce, organisée dans le cadre du projet EUROMED Invest financé par l’UE, a été l’occasion de jeter des ponts par-delà les frontières.

Texte et photos par Mohammad Ben Hussein

Fort d’un PIB de 10 milliards de dollars, le bassin méditerranéen est l’une des régions d’investissement les plus lucratives au monde, et ce, malgré la crise économique qui frappe l’Europe et les troubles politiques qui ravagent une grande partie du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

De plus, les opportunités d’échanges commerciaux et économiques, potentiellement attrayantes, entre l’Europe et la région arabe sont mises à mal par des difficultés telles que des taxes élevées, la corruption, le népotisme, le favoritisme et d’une législation en matière d’investissements en perpétuel changement.

Mais lorsqu’il s’agit du domaine des affaires et de l’amélioration du climat des investissements, c’est une évolution et non une révolution qui permettra de faire progresser les bilans, selon l’avis des chefs d’entreprise et des experts venus du sud comme du nord de la Méditerranée, qui se sont exprimés en marge d’un récent roadshow consacré au commerce à Amman.

Ce roadshow, qui a rassemblé les représentants de 50 entreprises italiennes, tunisiennes et jordaniennes, avait pour objectif d’examiner les opportunités et de permettre aux entreprises agro-industrielles, et des secteurs de l’énergie, des services publics, de la construction, des technologies environnementales, du tourisme, de la santé et des TIC de partager leurs vues quant à la manière de surmonter les obstacles qui entravent la poursuite de la croissance.

Pour les organisateurs, l’événement de deux jours, organisé dans le cadre du projet EUROMED Invest financé par l’UE, vise aussi à donner un nouveau départ au partenariat économique à la suite de l’effondrement partiel dû au Printemps arabe, et à contribuer à l’établissement d’une croissance durable au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

La prospérité économique, qui va de pair avec la création d’emplois et la mise en place de bases solides pour la stabilité économique, serait aussi une réponse à l’une des principales raisons de l’immigration du sud vers le nord, explique Oussama Dahmani, directeur de projet pour l’ANIMA Investment Network, un partenaire de mise en œuvre d’EUROMED Invest.

« En stimulant les investissements dans le sud de la Méditerranée et en créant un véritable levier pour le développement durable et partagé, EUROMED Invest renforce le potentiel de cohésion et d’intégration régionales entre les pays euro-méditerranéens. Ce projet vise aussi le développement des entreprises, ce qui ne manquera pas de créer des emplois supplémentaires et de maximiser l’impact social », ajoute Oussama Dahmani.

Dans l’intervalle, Annalisa Gamba, directrice des projets internationaux et de la collecte de fonds pour l’agence Ceipiemonte, déclare que le roadshow est l’occasion rêvée pour déclencher un changement de la législation et du climat des investissements. L’événement a été organisé par Ceipiemonte (Agence piémontaise de promotion des investissements, de l’export et du tourisme), la chambre de l’industrie jordanienne, l’Unioncamere Piemonte, la Chambre de commerce italienne pour la France à Marseille et la Confédération des associations d’affaires européennes et égyptiennes.

« Nous ne pouvons pas influencer les choix des décideurs politiques », soutient Annalisa Gamba, « mais des événements tels que celui-ci peuvent contribuer à faire avancer la facilitation du commerce entre les pays grâce à l’implication des institutions et des acteurs clés. »

Meilleure qualité : augmentation du commerce

Dans une partie surpeuplée de l’est d’Amman, Mohammed al Tebawee dirige une organisation de la société civile qui emploie des femmes pauvres pour la production de fruits séchés et la création de vêtements. Ce dirigeant espère voir ses produits commercialisés sur le marché européen afin d’étendre ses activités et d’aider un plus grand nombre de femmes qui luttent pour gagner leur vie.

Ayant vécu 20 ans en Europe, Mohammed al Tebawee pense que rien ne peut arrêter les échanges commerciaux entre le sud et le nord.  Mais les industries locales ont encore beaucoup de pain sur la planche.

« Nous devons améliorer nos normes de production, octroyer de meilleurs salaires au personnel et faire progresser la législation. »

M. Tebawee estime que le roadshow est une excellente occasion pour échanger des idées et nouer des contacts, mais il avance que la meilleure approche pour améliorer la coopération reste d’organiser des visites sur le terrain auprès des communautés et industries locales.

« C’est très bien de participer à des conférences et d’y aborder les problématiques, mais les idées concrètes viennent sur le terrain. J’espère que d’autres roadshows seront organisés dans diverses régions de la Jordanie. »

Renforcement des capacités grâce à une master class

Aujourd’hui, les économistes affirment que les jeunes dirigeants d’entreprise du sud de la Méditerranée ont toujours besoin d’un renforcement de leurs capacités pour pouvoir mieux formuler et mener à bien leurs projets commerciaux.

EUROMED Invest leur fournit des connaissances théoriques et pratiques au travers des master classes réservées aux jeunes entrepreneurs et d’autres événements. Une masterclass a ainsi été organisée au Caire plus tôt en 2016 dans le cadre d’EUROMED Invest afin de former les jeunes entrepreneurs à l’e-marketing dans le secteur du tourisme.

Thaer Azzam Samudi, un opérateur touristique jordanien, a pu établir une coopération avec un tour opérateur espagnol à la suite de sa participation à la master class au Caire.

Toutefois, il se plaint d’un manque de communication avec les autorités touristiques, et affirme que les tarifs en hausse dans les aéroports découragent les touristes.

« Dans le secteur du tourisme, nous faisons les frais des législations en perpétuel changement et des taxes élevées, qui font fuir les touristes. »

Les revenus du tourisme en Jordanie se sont effondrés au cours des dernières années. Le nombre de visiteurs de Pétra, l’une des merveilles du monde, a chuté de plus de 50 pour cent, tandis que la plupart des entreprises de la ville taillée dans le rocher luttent pour leur survie.

« Nous pouvons instaurer des partenariats avec des opérateurs régionaux égyptiens et israéliens et vendre nos produits sous forme groupée à des prix concurrentiels, mais le gouvernement se doit d’améliorer la législation et de réfléchir sur le long terme. »