Connaitre ses droits d’enfants grâce au cinéma, une idée soutenue par l’Union européenne au Maroc

23-08-2019
Soufiane Sbiti

Cinéma et droits humains ? Deux disciplines ayant pour point commun l’universalité et que les membres de l’Association des Rencontres Méditerranéennes du Cinéma et des droits de l’Homme, (ARMCDH) n’hésitent pas à allier pour aller à l’assaut de la curiosité des enfants. L’Union européenne soutient au Maroc ce projet salutaire et nécessaire pour des enfants conscients de leurs droits et de leur citoyenneté.

Chaque dimanche matin, c’est leur petit rituel : une vingtaine d’enfants ne dépassant pas les 12 ans se ruent au Centre Culturel Les Étoiles pour leur routine dominicale. Dans ce centre de Sidi Moumen, quartier périphérique de Casablanca, l’ARMCDH y organise des projections de dessins animés à destination d’enfants du quartier. Au menu, divertissement mais aussi et surtout éducation aux droits humains.

 

« Je sais que chaque dernier dimanche du mois, il y a un dessin animé. Une véritable opportunité pour nos enfants d’accéder à ces films qu’on peut, certes trouver ailleurs, mais pour lesquels on doit payer un prix conséquent. Ici, ils sont gratuits et proches de nous », témoigne tout sourire, Aziza, un des nombreux parents qui vient déposer, un peu avant 11 heures du matin, son enfant. « Ils passent un bon moment et apprennent des choses », ajoute-t-elle.

 

« Des concepts utiles aux enfants », nous précise Aziza. Interrogée, elle n’hésite pas à regretter le manque de films pour enfants dans les différents cinémas. Un manque rapidement comblé par la programmation de l’ARMCDH, en partenariat avec le Centre culturel Les Étoiles de Sidi Moumen.

 

 

Le cinéma pour comprendre nos droits

 

Derrière l’initiative, un véritable défi porté par l’Association des Rencontres Méditerranéennes du Cinéma et des droits de l’Homme, (ARMCDH) : celui d’associer cinéma et divertissement à la question des droits humains. Née en 2010, l’association opère dans de nombreuses villes du Royaume avec pour objectif principal : « inculquer la culture des droits humains par le biais du cinéma », nous confie Ghita Zine, vice-présidente de l’association.

 

Fondée par Fadoua Maaroub, l’association organise déjà plusieurs activités : les « Je dis » du Cinéma où, un film à destination du grand public est projeté chaque jeudi du mois à Rabat, Casablanca, Tanger, Zagora et Agadir, des Master class invitant trimestriellement les personnalités les plus en vue du monde du cinéma pour des débats, les Nuits Blanches du cinéma où on n’hésite pas à projeter, pendant toute une nuit, une série de courts et longs métrages abordant un droit désigné à l‘avance ainsi que la nuit du court métrage des droits humains.

 

Jonction faite entre l’universalité des droits humains et l’universalité du cinéma, l’association n’a pas tardé à attirer un nombre conséquent de fidèles. À Rabat tout d’abord où elle a son siège, puis rapidement dans d’autres villes du Maroc, Kénitra, Casablanca, Tanger, Agadir, jusqu’à Zagora, vers le sud du pays. Les couches sociales, les niveaux d'éducation et socio-économique sont rapidement éclipsés au profit d'une préoccupation centrale : les différents droits universels que tout citoyen devrait détenir.

 

Pour les enfants, la priorité d’une éducation aux droits humains et à la citoyenneté

 

Depuis fin 2017, l’Union européenne appuie les projets de l’ARMCDH relatifs à ce que Ghita nous présente comme étant « le cinéma plateforme pour l’éducation aux droits de l’homme et à la citoyenneté ». Principales cibles du projet : les enfants.

 

D’un montant de 300 000 euros sur une durée de 36 mois, le financement alloué permet tout d’abord à l’association de maintenir ses matinales pour enfants dans trois villes simultanées : Casablanca, Rabat et Kénitra. Toujours avec le même crédo : un accès à une programmation de qualité à titre gratuit.

 

Ce matin, quelques minutes avant le début des projections, une fiche est distribuée aux petits. On peut y lire différents droits de l’enfant que les jeunes spectateurs sont invités à garder en tête, pendant qu’ils regardent leur dessin animé. « Une fois à la maison, je n’hésite pas à lui en parler pour savoir ce qu’elle a pu voir, apprendre et retenir », renchérit Latifa, une autre maman, à propos de sa fille. Hamza, âgé de 11 ans, à peine déposé par son père est également de la partie. « Je viens pour voir aussi mes amis. On se donne tous rendez-vous ici pour jouer dans cette salle avant d’aller regarder ensemble », nous explique-t-il timidement sous le regard bienveillant de son père.  

 

La petite fiche en question est un « passeport des droits des enfants », élaboré par l’ARMCDH, en partenariat avec l’Union européenne. « L’idée est qu’ils doivent en avoir un au début de chaque projection. On leur demande de le garder pour qu’ils puissent avoir une première notion sur les droits des enfants », nous explique Ghita, pour préciser que « à partir de ça, on peut initier le débat après la projection du film ». Ghita, journaliste à Casablanca, est également amenée en tant que membre du bureau à mener les débats post-projection. « Il y a beaucoup d’habitués qui viennent et qui commencent à connaître la routine. Certains enfants n’hésitent pas à mentionner un mot ou une phrase que j’aurais pu oublier de mentionner en expliquant ce qui doit être fait », s’amuse-t-elle à nous raconter.

 

Question programme, l’ARMCDH a recours à ses membres du bureau et bénévoles, parmi lesquels se trouvent d’actuels et anciens enseignants. « Par rapport aux matinées pour enfants, ce sont surtout eux qui nous aident à sélectionner les films. Cela nous permet d’initier le débat par la suite », nous précise la vice-présidente de l’association.

 

Autre projet de taille soutenu par l’Union européenne : des ciné-clubs dans le milieu scolaire. « Nous avons commencé à former des enseignants et des directeurs d’écoles publiques qui ont déjà un club de la citoyenneté dans leur collège ou lycée », nous explique Ghita. Par la suite, ces encadrants sont invités à « former leurs élèves afin qu’ils regardent plus souvent des films et même à organiser entre eux des projections ».

 

Des fiches techniques sont par la suite élaborées sur la base d’un corpus des droits humains, comme la Déclaration des Droits de l’homme ou la Convention internationale des droits de l’enfant.

Un projet salutaire pour des quartiers comme celui de Sidi Moumen

 

À Sidi Moumen, de l’avis unanime des parents, les projections de l’ARMCDH sont salutaires. C’est qu’à quelques kilomètres du centre-ville casablancais, ce quartier est présenté comme sensible.

 

Composé essentiellement de bidonvilles, il est devenu tristement célèbre en 2003, pour avoir vu naître et grandir les onze kamikazes des attentats du 16 mai 2003 ayant frappé plusieurs endroits touristiques à Casablanca. Quelques années après, plusieurs programmes de réhabilitation et de lutte contre l'exclusion sont lancés. Le Centre culturel Les Etoiles en fait partie. Il doit son nom au livre de Mahi Binebine, « Les Étoiles de Sidi Moumen » qui revient sur la vie des onze auteurs des attentats du 16 mai. Véritable succès, le livre ne tardera pas à être adapté au grand écran sous le titre « Les Chevaux de Dieu »., réalisé par Nabil Ayouch qui dédiera la production au quartier.

 

« Avec l’argent du film et du livre, Nabil Ayouch et moi avons eu l’idée de lancer un centre culturel pour offrir aux jeunes du quartier une autre vie que celle d’autres jeunes tristement célèbres », explique Mahi Binebine. Ainsi est né le Centre Culturel Les Étoiles donnant la possibilité aux jeunes du quartier de participer à des ateliers de danse, de musique, d’arts plastiques mais aussi et surtout, grâce à l’ARMCDH, à des projections de films pour enfants axés sur la question des droits humains.

 

Ce matin, à quelques mètres de la salle de projection où les yeux des enfants sont obnubilés par le film projeté, une mère attend sagement sa fille d’une dizaine d’années. « Ce n’est jamais facile de trouver quelque chose à faire pour un jeune dans un quartier assez isolé du centre de la ville. Et pour y aller, il faut des moyens et du temps », regrette-t-elle. « Ma fille vient souvent ici, pour l’atelier de danse mais aussi pour ces matinées du dimanche. En plus de regarder un film, elle a aussi l’occasion d’en discuter avec des jeunes de son âge et d’échanger », nous précise Latifa qui, en quelques mots, nous dit tout ce qu’il y a à retenir de l’importance du cinéma.

 

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