Clap ! Applaudissons le Festival International de Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse de Palestine

29-04-2019
Mirvat Azzeh

Le Festival international de Théâtre pour l’enfance et la jeunesse, organisé en partenariat avec l'Union européenne, a clôturé ses activités qui ont commencé à Bethléem et ont parcouru les territoires palestiniens. Ce Festival a eu lieu dans le cadre des programmes qui visent l'échange culturel entre les théâtres internationaux et palestiniens par le biais de représentations dans les territoires palestiniens et l’interaction entre les acteurs et les enfants dans le but d'élargir leurs horizons et leurs capacités.

Le festival, organisé par le théâtre « Al-Harah », a été mis en place en coopération avec des troupes de théâtre européennes telles que le Conseil des arts de Malte ACM, le Réseau international des arts de la scène et des arts contemporains (IETM) et Zigo Zajg (Festival international de l'enfance et de la jeunesse). Le festival a reçu un soutien financier de l'Union européenne de l’ordre de 250.000 euros, 80% du coût total du projet.

Devant le théâtre, Farès, cinq ans, est impatient d'assister au spectacle de six heures, accompagné de sa mère Sabrine Mekarkar Zidan, qui a deux enfants, et habite Beit Jala. Elle a assisté à la plupart des représentations théâtrales et artistiques avec ses deux enfants. « Nous n’avons pas trouvé de difficultés à assister aux représentations. Nous n’avons pas d’autorisation pour entrer à Jérusalem ou une carte d’identité de Jérusalem et le fait que les représentations ont lieu en Cisjordanie et spécifiquement à Bethléem est un avantage qui nous a permis d’ être présent à la plupart des représentations » déclare la maman de Farès en ajoutant au sujet de la réaction de ses enfants « j’ai été surprise de la réaction de Farès aux représentations adaptées à son âge et qui l’ont sorti du monde des smartphones et d’Internet, j’étais très contente de sa réaction envers les acteurs et les danseurs et qu’il en ait parlé de manière détaillée à son père.  Zaid, bien qu'il soit plus jeune, a été attiré par les couleurs et les poupées et il a regardé attentivement tout le spectacle ». Les mères ont noté que le prix du billet était symbolique, et ne constituait pas un obstacle pour les familles.

Le message du festival était "Emmenez votre enfant au théâtre aujourd'hui", encourageant ainsi les parents à accompagner leurs enfants afin qu'ils puissent regarder, ressentir et davantage imaginer. Le théâtre pour enfants est un outil puissant qui élargit leurs horizons.
 
Des troupes finlandaises, allemandes, italiennes, écossaises, polonaises, taïwanaises, belges, brésiliennes et de nombreuses troupes locales ont participé au festival en s’appuyant dans leurs représentations sur les effets sonores et l'éclairage et en dépassant la frontière linguistique avec les enfants, créant ainsi un moyen de communication et laissant un impact positif durable.
 

Selon la directrice du théâtre Marina Barham, le festival a parcouru la plupart des villes et ses représentations théâtrales se sont caractérisées par leur diversité. Le festival a rencontré des obstacles sociaux, politiques et religieux, "Nous avons pu surmonter tous les obstacles. Il y avait toujours des alternatives", a déclaré la directrice. Certains de ces obstacles étaient l’accueil de quelques équipes sur le territoire Palestinien et la coordination malgré la lettre de facilitation de l'Union européenne. En raison du conservatisme de certaines sociétés en ce qui concerne les représentations de danse, les spectacles ont été différés et transférés dans d’autres endroits. Par ailleurs, il était nécessaire de remédier au manque de compréhension de la région et de sa situation politique par les troupes étrangères et de clarifier les stéréotypes sur l'occupation et la communauté palestinienne.

Le théâtre « Al Harah » est une institution palestinienne créée à Beit Jala dans le but de nourrir la créativité de toute la famille et d'atteindre les communautés marginalisées afin de réaliser ses objectifs. Barham a conclu en disant que le théâtre pour enfants n'est pas un luxe dans notre société, et même s'il n'était pas répandu dans le passé, nos enfants méritent la vie et nos jeunes méritent d’être soutenus et de libérer l’énergie qui est en eux.

Les lumières se sont éteintes et, alors que les murmures s'installaient et quelques minutes avant le début du spectacle, les lumières ont soudainement attiré le public et l'ont emmené dans un voyage entre la réalité et l'imaginaire annonçant le début de la pièce « le maître des rêves » spectacle majeur cette année et présenté par le théâtre « Al-Harah ».

Les performances ont été variées, entre musique, danse, chant et peinture. De nombreux enfants vivaient pour la première fois l’expérience de s’asseoir dans une grande salle de théâtre sombre et remplie d’effets sonores, d’autres participaient aux spectacles interactifs, avec des périodes de peinture et de formes d’expression diverses. L'interaction des enfants avec les représentations variait en fonction de leur lieu de résidence, influencée par l'ambiance sociale et politique qui les entourait, par exemple les enfants des camps palestiniens ont réagi de manière plus évidente et plus interactive, et ceci est dû selon les organisateurs du festival au besoin qu’ont ces enfants de respirer loin des pressions psychologiques. Cela fait du théâtre l'endroit idéal pour que l'enfant s'exprime.

Les représentations étaient entrecoupées de nouveaux ateliers qui ont été ajoutés cette année pour faire évoluer le festival, afin de montrer aux enfants comment se familiariser avec les différents éléments tels que les personnages, la scénographie et le contenu, et comment analyser la pièce de théâtre et en parler, afin d’éveiller leur sens critique. Ces ateliers ont été organisés avec le théâtre « Al Khayal ».
 

Pour sa part, la coordinatrice du projet clap! Samar Khalil, et directrice du développement dans le théâtre « Al Harah », a félicité les comités techniques qui ont révisé les représentations et les ont étudié avec soin afin d’avoir des représentations de haute qualité en respectant l’intelligence des enfants, dont il ne faut pas sous-estimer les compétences « Il y a trois ans, le festival a commencé comme un carnaval de rue et s'est transformé en un festival complet qui vise la diversité et les échanges culturels. Il s'est déroulé en plusieurs étapes et a débuté en janvier 2018 dans des espaces créatifs, suivi par la Caravane de Palestine, qui a accueilli 36 artistes qui ont partagé leur savoir avec des artistes des territoires palestiniens, en plus du festival actuel qui accueille 8 troupes internationales et 6 troupes locales, et est suivi par un évènement qui sera l'aboutissement du projet en juillet 2019 ».
 
À propos du projet, Samar dit « Nous avons pu ouvrir une fenêtre culturelle européenne sans précédent en Palestine, ce qui a créé une base pour l'échange d'expériences et la planification de projets futurs entre artistes locaux et internationaux. Cela a un impact positif sur la préparation du projet Bethléem 2020. Le carnaval des marionnettes géantes qui a eu lieu pendant ce projet, est aussi une première. Ces techniques ont nécessité une formation et, à long terme, ont permis de créer des cadres et d’attirer les enfants et les familles en général. "Nous parlons de marionnettes de plus de quatre mètres de haut, peintes avec des couleurs vives et qui bougent et se balancent de manière attrayante et professionnelle, ce qui nous assure qu'il y a un énorme potentiel à développer dans le domaine du théâtre pour enfants."
Elle ajoute "J'ai personnellement emmené ma fille à toutes les représentations et, à travers mon travail dans ce festival, j'ai remarqué la nécessité de développer la culture et les arts dans les territoires palestiniens, ce qui n'est pas moins important que le développement de projets et d'infrastructures liés à l'eau par exemple. Quand nous soutenons les enfants nous créons une génération plus équilibrée, créative et capable de changer les choses. Le capital humain est ce que nous avons de plus précieux. "

Assister à des représentations théâtrales et s'ouvrir à la diversité culturelle est un fait remarquable cette année, en plus de la danse, qui est considérée comme une nouvelle forme artistique pour la société palestinienne. D’après Nicolas Zina, un des acteurs, « l’enfant palestinien comprend et accepte les représentations artistiques d’une manière spécifique en raison des conditions politiques, sécuritaires et économiques, mais malgré tout, il reste un enfant qui a besoin de s’intégrer, d’élargir ses perceptions et de rêver. Nicolas a présenté la pièce "Le maître des rêves" dans laquelle il montrait deux enfants dont l’un rêvait de devenir musicien et l’autre médecin et tous les deux faisaient face aux désirs de leurs familles.

Il convient de noter que le monde de l’art et du théâtre a beaucoup évolué ces dernières années, car il offre à tous les individus une diversité et un échange d’expériences et des possibilités de créativité et d’expression. Jihane Rizkallah de Bethléem a récemment appris à confectionner des marionnettes et des costumes de théâtre. Elle était l'une des participantes au festival de cette année. Elle considère que le théâtre « Al-Harah » a façonné sa personnalité et lui a ouvert de nouveaux horizons. Depuis sa tendre enfance, Jihane est montée sur scène jusqu’à ce qu’elle découvre qu’elle maîtrisait mieux le travail dans les coulisses ce qui l’a amené à travailler dans la gestion des théâtres. Le festival lui a donné l’occasion d’appliquer ce qu’elle a appris en Grande-Bretagne dans ce domaine et de se développer. Elle considère que le théâtre « Al-Harah » et le théâtre « La liberté » fondé par Juliano Khamis ont profondément transformé sa vie.

Le théâtre palestinien a bien évolué ces dernières années, en particulier le théâtre pour enfants. Il existe maintenant des acteurs, des techniciens et des équipes spécialisées dans ce domaine, soit à travers l'expérience, soit par des missions éducatives, parfois soutenues par l'Union européenne ou offertes par des pays européens. Ce qui a fait que de nombreux théâtres palestiniens ont été sélectionnés pour le festival, et de plusieurs villes palestiniennes, dont Jérusalem, Hébron, Bethléem, Jénine et Beit Jala. 
 

La troupe « les grands frères » de Malte a présenté un spectacle musical utilisant 17 grands instruments de musique. Il y avait aussi une représentation dynamique interactive à travers "l'espace" présenté par l'école de cirque de Naplouse en Palestine, qui est basée sur les activités et les jeux des étudiants pendant la journée d'école et sur la façon de profiter de leur temps et de leurs relations communes. La représentation « la terrasse arrière » a utilisé l’imaginaire et les couleurs qui encouragent à la vie à travers les liens des vêtements qui sèchent à l’air libre !

Les représentations ont emmené les enfants vers une nouvelle dimension et des histoires internationales, dans le but de libérer la pensée stéréotypée et d'offrir des possibilités de créativité, de réflexion et d'expérimentation à travers l'histoire de « Laila et le loup », qui deviennent amis et apportent le repas à la grand-mère lors d’un voyage passionnant et novateur. La même chose s’est produite lors de la pièce « l’englouti », celle d’un lion qui devient ami avec sa proie qui n'est pas morte dans son estomac. Le théâtre « Hakawati » a présenté la pièce « le garde des rêves » dans le cadre des activités du festival. Alors que la pièce "le vilain petit canard" (muette) a eu autant d'impact que les autres pièces qui reposent sur le son et la musique, à travers un mélange de couleurs et de signaux suivis par les enfants âgés de 5 à 12 ans dans l'espoir de les inciter à ne pas se sentir rejetés. Les spectacles interactifs "Kvlo" et "les yeux vers le haut" ont imposé une interaction avec le public. Les spectacles traditionnels n'étaient pas absents du festival et étaient présents dans l'exposition "Zarif".

Il convient également de mentionner que le festival sera organisé chaque année par le ministère de la Culture de Palestine. Le festival est l’occasion de réunir chaque année les membres de la famille devant des spectacles artistiques qui diffusent la culture du théâtre et de l’art en général et libèrent la créativité des artistes palestiniens, des jeunes participants et des enfants en visite.
 

 

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