Bienvenue parmi les Switchers !

11-01-2018
Dalia Chams

Le programme SwitchMed, financé par l’Union européenne, a pour objectif de renforcer la présence des entrepreneurs verts en Méditerranée. Plus de 20 fournisseurs égyptiens d’éco-innovation ont participé à un atelier, aux alentours du Caire, afin d’élaborer leurs initiatives.

 

La réalité des quartiers informels, situés aux alentours du Caire, tranche avec l’ambiance calme et sereine qui règne sur la ferme biologique privée Sekem, à quelque 70 kilomètres de la capitale, sur la route désertique de Belbeiss. L’atelier tenu dans cet éco-village, dans le cadre du programme SwitchMed, donne une chance de vivre ses passions, ses rêves positifs, loin du vacarme de la ville et de la bureaucratie de ses autorités. Ce, pendant 4 jours de travail collectif, où l’on découvre les histoires de gens qui cherchent à améliorer leur impact environnemental.

Vingt-quatre participants égyptiens ont présenté leurs initiatives éco-innovantes, à travers ce projet, financé par l’Union Européenne, visant à renforcer l’essor de la consommation et de la production durables (CPD) en Méditerranée. Ils sont assis en cercle, puis divisés en petits groupes, afin de mieux discuter entre eux, notamment sur les challenges et les structures de leurs initiatives, à des phases très différentes. Leur interaction mène sans doute à des solutions sociales et écologiques plus créatrices.

Ils ont l’air de jouer avec un hula hoop ou avec des crayons de couleur, mais ils en profitent pour repenser leurs projets, suivant les directives des facilitateurs, engagés par le Centre pour l’environnement et le développement pour la région arabe et l’Europe (Cedare), fondé en 1992 en tant qu’organisation internationale intergouvernementale à statut diplomatique, sous l’initiative de la République Arabe d’Egypte, du Programme des Nations Unies pour le développement et du Fonds arabes pour le développement économique et sociale. L’apport de ce dernier partenaire a certainement aidé à faire parvenir les nouvelles sur l’atelier, qui s’est déroulé essentiellement à Sekem, à un plus grand nombre de candidats, venus de partout, notamment de la Haute Egypte et du Caire.

Au deuxième jour de l’atelier, les « entrepreneurs verts » voient déjà plus clair. « Ce qu’il me faut c’est l’aide technique », lance l’un, alors que son voisin répond : « le financement vient après, pour le moment il faut mettre de l’ordre dans ses idées, former une équipe et créer des partenariats ». Ceux-ci, on peut déjà les nouer à partir de là où l’on est, c'est-à-dire la ferme Sekem, à l’ombre d’un arbre ou dans le restaurant de l’hôtel où sont logés les 24 fournisseurs d’éco-innovation.

Par exemple, Mohamad Sami qui a lancé l’initiative Go Bike, pour encourager le transport à vélo, il y a six ans, a tout de suite compris le lien de complémentarité avec le projet de Sarah, la jeune designer voilée qui est venue présenter son système de vélos partagés. « La plupart des dispositifs de vélos en libre-service qu’elle a exposés me permettront de développer mon initiative. D’ailleurs, c’est pour cela que je suis là », fait-il remarquer. Leurs idées s’entrecroisent aussi avec celles de Walaa, une autre cairote du quartier de Maadi, qui cherche à mieux connecter les voisins, grâce à une application sur les téléphones potables, afin d’améliorer les divers services.

Des orangers dans les rues

Il en est de même pour Awatef Gaber qui travaille depuis six mois, avec Assaad Mohamad, afin de cultiver les terrasses des maisons de sa ville Sohag, dans le sud du pays. En initiant les habitants à jardiner sur leurs balcons ou à transformer leurs terrasses en un potager, ils pourront non seulement aider à réduire la pollution, mais aussi permettre aux citoyens de gagner leur vie en vendant leur récolte. Avec le professeur à la faculté des Sciences, Tamer Nassar, ils évoquent la valorisation des déchets oléicoles pour la production de compost.

Nassar est un géologue, mais il s’intéresse de près aux initiatives écologiques depuis l’an 2000. Il aspire à planter des arbres fruitiers le long des rues et avenues de la capitale. Les citadins peuvent ainsi cueillir les fruits de l’oranger près de chez eux ; les déchets végétaux on pourra sans doute s’en servir. Un quatrième candidat se mêle à la conversation, partageant son expérience dans le domaine de recyclage des déchets.

La conversation reprendra de plus belle, le lendemain matin, en effectuant une visite de terrain dans les laboratoires et ateliers de Sekem. Samir Ossama veut copier le modèle de cette ferme biologique, près de chez lui, à Tanta, dans le Delta égyptien.

Chez les éboueurs de Mokkatam

Quelques heures plus tard, « les Switchers », qui ont bien l’impression d’être le noyau d’une nouvelle communauté d’entrepreneurs verts, découvrent l’enclave des éboueurs, à Manchiat Nasser, aux pieds du Mont Mokkatam.

Ici, tout est recyclable : les déchets électroniques, les flacons en plastique, le papier… On a même fabriqué du biogaz, à l’aide des cadavres d’animaux. Les chiffonniers de Mokkatam sont déjà dans ce business, depuis les années 1970. Ils connaissent les mille et une ficelles du métier, alors que la plupart des « Switchers » font encore leurs premiers pas. L’heure est de nouveau au réseautage. On échange les cartes de visite, mais aussi les expériences, sous les yeux bienveillants des facilitateurs de l’atelier : Mohamed El-Mongy et Névine Kamel-Toueg, ainsi que leur formatrice espagnole, Andrea Calsamiglia, venue exprès de Barcelone, afin de suivre la démarche des travaux et donner un coup de pouces aux idées élaborées, dans le cadre du projet SwitchMed. « C’est la part du projet concernée par l’aide accordée à la société civile, afin de mettre en œuvre des solutions éco-sociales, mais le projet vise également à planifier les politiques d’économie circulaire et d’éco-innovation, à créer des synergies et à transformer les idées vertes en opportunités commerciales », souligne Calsamiglia.

Deux initiatives seront bientôt sélectionnées afin d’être coachées par l’équipe et leur fournir l’assistance technique nécessaire. En attendant, les participants débordent d’énergie positive. Ils mangent un petit repas, à même le sol, avant de rebrousser chemin vers l’éco-village, pour poursuivre leur atelier.