Al Ard devient le plus grand exportateur d’huile d’olive palestinienne

26-07-2019
Mirvat El Azzeh

L’entreprise Al Ard (littéralement, « la terre ») a été primée deux fois cette année en tant que premier exportateur palestinien d’huiles et de produits agricoles. L’aide fournie par l’Union européenne (UE) s’inscrit dans une tentative qui aspire à promouvoir le secteur agricole et celui de l’exportation afin que l’entreprise puisse réaliser des bénéfices. Cela profitera à l’économie palestinienne, de manière générale, tout en respectant les principes du commerce équitable ainsi qu’en préservant l’environnement.

Sobhi Anabtawi, directeur du Développement de l’entreprise, relate son histoire comme suit : « dès mon jeune âge, j’accompagnais mon père au siège de notre entreprise et à l’usine. Plusieurs générations de notre famille se sont succédé ; je fais partie de la troisième génération qu’a connue cet établissement. Quand j’étais enfant, je parcourais les couloirs de l’entreprise et j’échangeais avec les employés pour apprendre et acquérir de l’expérience. En effet, l’amour que j’éprouve pour cette usine remonte précisément à cette époque : j’étais attaché à notre établissement et je me préoccupais de son avenir, même si j’ai dû m’en éloigner pour faire mes études à l’étranger. Cependant, mon ambition demeurait la même, en d’autres termes, rentrer chez moi, m’occuper du projet familial et le développer. Il convient de mentionner que le secteur agricole en Palestine souffre de plusieurs problèmes, notamment la variabilité climatique, la rareté des ressources en eau et la saisie continue des terres. Ainsi, les entreprises privées et le ministère de l’Agriculture devaient mettre en place des méthodes nouvelles pour atténuer l’impact des crises successives auxquelles les agriculteurs ont été confrontés et pour que les produits soient conformes aux exigences mondiales.

 

Nous sommes chanceux, car le domaine de notre activité est étroitement lié aux produits agricoles palestiniens, en particulier l’huile d’olive. Mon objectif était de produire cette huile dont la valeur nutritionnelle est incontestable tout en visant l’excellence, d’autant plus que la Palestine est réputée pour son huile, la meilleure sur le plan mondial. Une telle approche ne pouvait qu’être formidable. À mon avis, le plus important n’était pas le fait de générer des gains pour le projet familial, mais je pensais plutôt aux bénéfices dont les agriculteurs pouvaient jouir pour développer leurs méthodes ».

 

Sobhi rappelle les débuts du Projet Al Ard : « en 2002, mon père, directeur exécutif du Groupe Anabtawi avait un entretien journalistique. Quand on lui a demandé ce qu’il faisait pour consolider l’économie palestinienne, sa réponse était simple : la seule existence de son entreprise soutenait l’économie. Or, ses propos ne l’avaient pas satisfait. À vrai dire, nous sommes une famille qui accorde beaucoup d’importance à l’entraide. Pour cette raison, il a fait en sorte que son travail aille au delà de l’importation. À cette époque, l’environnement était favorable à la création d’un produit palestinien doté d’une personnalité unique à travers son patrimoine et son identité pour qu’il puisse s’imposer à l’échelle mondiale. Cela représentait ce que mon père voulait mettre en place, à savoir quelque chose de concret pour développer l’économie palestinienne. À ce moment-là, il travaillait dans le commerce du tabac et dans le domaine des huiles végétales, mais il a voulu cibler l’huile d’olive dont la qualité demeure incontestable.

C’est ainsi que le projet Al Ard a vu le jour en tant qu’entreprise qui produit principalement l’huile d’olive ainsi que d’autres produits naturels, comme le savon, le Freekeh (ou Farik), le Maftoul, la sauge officinale et le thym. On a toujours collaboré avec des agriculteurs de la Cisjordanie, à savoir Jénine, Deir Istiya, les villages de Sarra et de Tal. Nous avons également beaucoup compté sur des associations féministes, ce qui nous a permis de conclure divers partenariats.

 

À cette époque, je faisais mes études à l’université. Le premier défi que j’ai dû soulever dans ce domaine remontait au jour où je devais exposer les produits de l’entreprise Al Ard  pour les vendre lors d’un festival au Canada. J’étais très enthousiaste : j’ai loué une table, j’ai exposé les produits et j’ai entrepris un vrai travail de sensibilisation et de publicité. J’étais heureux d’avoir gagné une somme d’argent, qui demeure certes modeste, mais qui m’a aidé à payer les frais de logements à l’université. J’étais fier de moi-même et de nos produits palestiniens. C’est ainsi que je me suis rendu compte de l’étendue de l’amour et de la passion que j’avais pour ce travail. Je ne pouvais que me voir en train de développer ce domaine et le moderniser ».

 

Après avoir fini ses études universitaires, Sobhi est rentré chez lui pour développer les activités de l’entreprise. C’était à ce moment-là que la phase de la préservation du patrimoine familial et de son développement avait commencé. Selon Sobhi, le succès n’était pas une option, mais une obligation. Il a mis en place de nouvelles méthodes pour moderniser son travail. Il a constaté que le marché des produits biologiques était en expansion et que la préservation de l’environnement ainsi que la création d’un mode de vie plus sain sont devenues des nécessités absolues.

 

Sobhi ajoute également : « ce n’était pas facile au début. J’avais le concept, mais il fallait trouver la méthode parfaite pour l’appliquer. En 2017, j’ai rencontré le Dr. Samer Jarar qui est conseiller en développement agricole. On l’a recruté chez nous pour occuper le poste de conseiller afin que l’entreprise puisse profiter de son expérience. On lui a exposé l’idée et on lui a demandé si elle était applicable sur nos récoltes d’huile olive pour qu’elle soit de la meilleure qualité possible. On a ainsi mis en place un plan qui consistait en une étude approfondie pour transformer les cultures conventionnelles en culture bio. Par ailleurs, on a lancé les campagnes publicitaires nécessaires. On a également sensibilisé les agriculteurs et on leur a fourni les aides financières tout en développant les outils et le savoir-faire.

 

 

Le plan prévoyait une tournée axée sur la sensibilisation et l’éducation à l’échelle internationale, notamment en Grande-Bretagne, en Italie et en Allemagne. Au cours de cette mission, Sobhi a assisté aux conférences et aux séminaires les plus importants dans le domaine de l’agriculture bio. Il a mis deux ans pour cerner les ficelles du domaine. Bien qu’il se soit spécialisé dans la trésorerie et la finance, il a toutefois été en mesure de fusionner sa double compétence : ses connaissances acquises dans l’agriculture bio et ses connaissances en matière de gestion financière des projets.

Sobhi ajoute : « c’est ainsi qu’une nouvelle phase du projet Al Ard a vu le jour. Dans l’imaginaire collectif palestinien, la terre est riche de symboles. Elle est l’essence même de l’existence des Palestiniens. L’olive est le fruit de cette terre que l’on partage tous. Le choix du nom Al Ard est le reflet de mon ambition et de mes aspirations à développer un projet complet qui réalise un cycle de gains intégral, à savoir le cycle suivant : d’abord de simples fermes, ensuite le consommateur et mon entreprise et au final l’impact général sur l’environnement. Il s’agissait d’un rêve de complétude ! »

 

Le consultant de l’entreprise, Samer Jarar explique : « j’ai cru en Sobhi non seulement pour son ambition et ses connaissances, mais également pour sa passion. Il est rare de pouvoir unir ces éléments. Sobhi allie la modernité du présent et l’authenticité du passé. Il appartient en effet à la troisième génération de cet établissement, ce qui fait de lui le meilleur exemple vivant pour prouver que la clé de la réussite exige certains ingrédients : la capacité à transformer, à développer et à mettre en pratique tout le potentiel présent.

 

La réalité de l’activité commerciale va de pair avec la réalisation des bénéfices en premier lieu. Pourtant, je trouvais que son idée, à savoir mettre en place un projet complet qui soit bénéfique pour tout le monde, était convenable et faisable. Cette même idée reflétait notre ambition à tous à travers le projet que nous avons bâti.

 

Il s’agit d’un projet de développement différent fondé sur une certaine éthique et sur un partenariat solide. Nous travaillons en toute transparence. Il est à rappeler que ce projet émerge comme un contre-courant qui combat à la fois le manque de confiance et le capitalisme. Cela représente le catalyseur de notre démarche. Quand on évoque la situation palestinienne, nul ne peut ignorer que l’agriculteur qui a résisté dans ses terres mérite de l’aide. Dans notre cas, nous ne parlons pas de système d’investissement et de gains financiers seulement, mais nous ciblons tout un ensemble de partenariat et de travail sociétal et culturel complet. Nous sommes engagés vers l’environnement. Il s’agit d’un mode que nous tentons de créer pour que notre environnement soit sain et pour que tout le monde réalise des bénéfices.

 

Lorsque nous avons commencé le développement du projet Al Ard, instaurer un équilibre entre la quantité et la qualité du produit, à savoir une récolte d’excellente qualité, était notre préoccupation. En effet, nous savions qu’il fallait gérer un produit qui dépendait de divers facteurs climatiques et naturels. Il était donc difficile de faire le point de situation sur notre avancée et de prévoir les résultats. Pour cette raison, nous devions sensibiliser nos employés et nos investisseurs ainsi que les agriculteurs pour aboutir à un résultat qui soit de qualité et stable, tout en surmontant le danger. En même temps, mon objectif était d’effectuer une transition du mode d’investissements classiques au mode d’investissement biologique et équitable, en d’autres termes une agriculture qui entend devenir plus respectueuse de l’environnement. À cette époque, cela correspondait à une nouvelle « révolution verte » qui était en plein essor en Europe. À cet égard, nul dans le monde arabe ne pouvait imaginer l’étendue des études européennes entamées dans ce domaine. C’était une avancée incroyable. C’était une nouvelle agriculture parfaite qui combinait éthique, partenariat et durabilité : c’est ce que nous avons pu réaliser dans notre entreprise, car nous avons réussi à unir les agriculteurs et à répondre à leurs besoins en fournissant des machines, des produits agricoles et des équipements. Ensuite, nous avons fait le nécessaire pour collecter des fonds dans le cadre de projets menés par l’Union européenne. Nous avons ainsi créé un système qui tournait autour des partenariats. Tout est devenu possible en 2017 grâce au soutien financier de l’Union européenne qui a proposé d’aider notre entreprise (créer un environnement adéquat pour le lancement d’une économie verte en Palestine). Nos objectifs correspondaient à ceux du projet européen qui aspirait à soutenir l’économie verte dans la mesure où cette dernière n’épuisait pas les ressources naturelles. Cela demeure le tournant qui nous a fait rompre avec le capitalisme et l’individualisme qui ne cessent d’affecter la société, l’environnement et les agriculteurs.

 

Al Ard, soutenu par l’UE et mis en œuvre par Pal Trade, s’inscrit dans plusieurs projets visant à soutenir l’économie palestinienne conformément à la nouvelle tendance mondiale respectueuse de l’environnement. Nous avons fait de notre mieux pour établir des liens avec des entreprises européennes et pour ouvrir de nouveaux marchés pour les produits biologiques. Le projet mettait l’accent sur trois produits agricoles principaux : l’huile d’olive, les dattes et les herbes, les trois secteurs les plus populaires à l’échelle mondiale. Progressivement, l’entreprise a évolué en remplissant les conditions requises et en satisfaisant le processus d’évaluation, ce qui lui a permis de développer son activité et d’obtenir le certificat des produits biologiques : notre objectif n’était pas seulement d’adopter une agriculture saine et respectueuse de l’environnement (absence d’engrais et de pesticides), mais aussi de respecter les principes du commerce équitable, de fournir l’énergie et d’assurer que le produit soit sain, de manière générale.

 

Sur le plan mondial, la culture biologique est désormais une nouvelle philosophie qui place l’humain au centre de tous les intérêts : on préserve l’environnement et on évite le monopole du marché. C’est dans ce contexte que l’Union européenne avait décidé de soutenir Al Ard ainsi que d’autres entreprises pour qu’elles puissent obtenir la certification des produits biologiques. Il convient de rappeler que c’était un travail de longue haleine : l’obtention de la licence de produits biologiques a nécessité trois ans de surveillance et de suivi. L’Union européenne avait précédemment contribué à la diffusion des produits Al Ard à travers d’autres projets axés sur la sensibilisation, la publicité et la mise en réseau avec les partenaires européens. L’aide fournie s’élevait à hauteur de 65000 euros.

 

Pour conclure, Sobhi explique : « j’aspire à des partenariats au niveau des marchés mondiaux, j’aimerais que nos produits soient stables et qu’ils aient un bon impact sociologique et économique sur les Palestiniens. Cela ne peut avoir lieu que si l’on crée un système sociétal infaillible, à savoir l’adoption d’un exemple de travail éthique, l’impact positif et le savoir-faire pour que les générations futures puissent reproduire notre modèle. Nous espérons élargir le cercle de notre activité avec d’autres entreprises et de nouvelles associations. Nous sommes actuellement en train d’établir l’alliance « La Terre fertile de Palestine » qui incorpore tous nos nobles objectifs ».

 

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